Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Revue spirite — Année VII — Septembre 1864

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LE NOUVEL ÉVÊQUE DE BARCELONE

1 — On nous écrit d’Espagne, 1er août 1864 :

« Cher maître,

« Je prends la liberté de vous adresser le nouveau mandement que Mgr Pantaléon, évêque de Barcelone,  †  vient de publier dans le journal : El Diario de Barcelona, du 31 juillet. Comme vous pourrez le remarquer, il a voulu marcher sur les traces de son prédécesseur. Pour moi, Spirite sincère, je lui pardonne les gros mots qu’il nous adresse, mais je ne puis m’empêcher de penser qu’il pourrait employer la science qu’il possède d’une manière plus profitable pour le bien de la foi et de ses semblables. Pour ne citer qu’un exemple, nous avons à chaque instant le spectacle de ces abominables courses de taureaux dans lesquelles de pauvres chevaux, après avoir dépensé leur existence au service de l’homme, viennent mourir éventrés dans ces tristes arènes, à la plus grande joie d’une population avide de sang et dont ces jeux barbares développent les mauvais instincts.

« Voilà contre quoi vous devriez fulminer, Monseigneur, et non contre le Spiritisme qui vous ramène chaque jour au bercail les brebis que vous avez perdues ; car moi, qui croyais sincèrement à Dieu, qui reconnaissais sa grandeur dans les plus petits détails de la nature, avant d’être Spirite, je ne pouvais m’approcher d’une église, tant à mes yeux il y avait de dissemblance entre ceux qui se disent les représentants de Dieu sur la terre et cette grande figure du Christ, que l’Évangile nous montre toute d’amour et d’abnégation. Oui, me disais-je, Jésus se sacrifie pour nous ; il fait son entrée triomphale à Jérusalem, couvert de bure, monté sur un âne ; et vous, qui vous dites ses représentants, vous êtes couverts de soie, d’or et de diamants. Est-ce là le mépris des richesses que le divin Messie prêchait à ses apôtres ? Non ; et cependant, je vous l’avoue, Monseigneur, depuis que je suis Spirite, j’ai pu rentrer dans vos églises, j’ai pu y prier Dieu avec ferveur, malgré la musique mondaine qui y joue des airs d’opéra ; j’ai pu prier en pensant que, parmi toutes ces personnes réunies, il y en avait peut-être auxquelles cette pompe théâtrale était utile pour élever leur âme à Dieu ; alors j’ai pu pardonner votre luxe, et le comprendre dans un certain sens. Vous voyez donc bien, Monseigneur, que ce n’est pas sur les Spirites que vous devriez tonner ; et si vous avez, comme je n’en doute pas, le seul bien de votre troupeau en vue, revenez de votre manière de voir sur le Spiritisme, qui ne nous prêche que l’amour de nos semblables, le pardon des injures, la douceur, la charité et l’amour même pour nos ennemis.

« Cher maître, pardonnez-moi ces quelques lignes qui m’ont été suggérées par ce nouveau mandement. Le Spiritisme est venu raviver ma foi, en m’expliquant toutes les misères de la vie que, jusqu’alors, mon intelligence n’avait pu comprendre. Persuadé sincèrement que nous travaillons pour notre avancement et celui de l’humanité, je ne cesserai de propager cette doctrine dans le cercle qui m’entoure, en employant pour cela une conviction profonde et les moyens que Dieu m’a donnés.

« Daignez recevoir, cher maître, etc. »


Nous donnons ci-après la traduction du mandement de Monseigneur l’évêque. Nous le reproduisons in extenso pour n’en point affaiblir la portée. Mgr de Barcelone passe avec raison pour un homme de mérite ; il a donc dû réunir les arguments les plus puissants contre le Spiritisme ; nos lecteurs jugeront s’il est plus heureux que ses confrères, et si le coup de grâce nous sera donné de l’autre côté des Pyrénées. Nous nous bornons à y ajouter quelques remarques.


2 —   Nous, D. D. Pantaléon Monserra y Navarro, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque de Barcelone, chevalier grand-croix de l’Ordre américain d’Isabelle la Catholique, du Conseil de Sa Majesté, etc.

« A nos aimés et fidèles diocésains, « L’homme, mis sur la terre comme dans un lieu de ténèbres qui lui empêche de voir les choses placées dans un ordre supérieur, ne peut faire un pas pour les chercher s’il n’est éclairé du flambeau de la foi. S’il se sépare de ce guide, il ne fera que trébucher, tombant aujourd’hui dans l’extrême de l’incrédulité qui nie tout, et demain dans celui de la superstition qui croit tout. Notre époque, qui prétend se conduire par la raison et les sens, n’admettant pour vrai que ce que lui montrent ces fallacieux témoins, se voit traversée par un immense courant d’idées entraînant à sa suite et la négation du surnaturel et une excessive crédulité. L’une et l’autre sont le produit de l’orgueil de l’intelligence humaine qui répugne à prêter une attention raisonnable à la parole révélée de Dieu. La génération actuelle se voit obligée d’assister à ce triste spectacle que nous donnent aujourd’hui les peuples les plus avancés en science et en civilisation. Les Etats Nord-Américains, cette nation appelée modèle, et quelques parties de la France, y compris la colonie d’Alger,  †  s’évertuent depuis quelque temps à l’étude ridicule et à l’application du Spiritisme qui vient, sous ce nom, ressusciter les anciennes pratiques de la nécromancie par l’évocation des Esprits invisibles qui reposent dans le lieu de leur destinée placé au delà de la tombe, et que l’on consulte pour découvrir les secrets cachés sous le voile tendu par Dieu entre le temps et l’éternité. »


Remarque. Si l’on est répréhensible d’avoir des rapports avec les Esprits, il faudrait que l’Église empêchât ceux-ci de venir sans qu’on les appelle ; car il est notoire qu’il y a une foule de manifestations spontanées chez les personnes même qui n’ont jamais entendu parler du Spiritisme. Comment les demoiselles Fox, aux États-Unis, les premières qui ont révélé leur présence dans ce pays, ont-elles été mises sur la voie des évocations, si ce n’est par les Esprits qui sont venus se manifester à elles, alors qu’elles n’y songeaient pas le moins du monde ? Pourquoi ces Esprits ont-ils quitté le lieu qui leur était assigné au delà de la tombe ? Est-ce avec ou sans la permission de Dieu ?

Le Spiritisme n’est pas sorti du cerveau d’un homme comme un système philosophique créé par l’imagination ; si les Esprits ne se fussent pas manifestés deux-mêmes, il n’y aurait point eu de Spiritisme. Si on ne peut les empêcher de se manifester, on ne peut arrêter le Spiritisme, pas plus qu’on ne peut empêcher un fleuve de couler, à moins d’en supprimer la source. Prétendre que les Esprits ne se manifestent pas est une question de fait et non d’opinion ; contre l’évidence, il n’y a pas de dénégation possible.


3 —  « Ce désir exagéré de tout connaître par des moyens ridicules et réprouvés n’est autre que le fruit de ce besoin, de ce vide qu’éprouve l’homme lorsqu’il a rejeté tout ce qui lui est proposé comme vérité par sa souveraine légitime et infaillible : l’Eglise. »


Remarque. Si ce que cette souveraine infaillible propose comme vérité est démontré erreur par les observations de la science, est-ce la faute de l’homme s’il le repousse ? L’Église était-elle infaillible, quand elle condamnait aux peines éternelles ceux qui croyaient au mouvement de la terre et aux antipodes ?

Lorsqu’elle condamne encore aujourd’hui ceux qui croient que la terre n’a pas été formée en six fois vingt-quatre heures ? Pour que l’Église fût crue sur parole, il faudrait qu’elle n’enseignât rien qui pût être démenti par les faits.


4 —   Dans un moment d’ardeur à tout connaître par lui-même, il a repoussé comme superstition cette même vérité, parce que son entendement ne la comprenait pas ou ne s’accordait pas avec les notions qu’il en avait reçues. Mais, plus tard, il a jugé nécessaire ce qu’il avait méprisé ; il a voulu se réhabiliter dans sa foi ; il l’a examinée de nouveau, et selon que cet examen a été fait par des personnes d’une imagination vive, ou par d’autres d’un tempérament nerveux et irritable, elles ont admis, dans leur système de croyance, tout ce qu’elles ont cru voir et entendre des Esprits évoqués dans un moment de mélancolique exaltation. »


Remarque. Nous n’avions jamais pensé que la foi, c’est-à-dire l’adoption ou le rejet des vérités enseignées par l’Eglise, après examen par celui qui veut sincèrement y revenir, fût une question de tempérament. Si, pour leur donner la préférence sur d’autres croyances, il ne faut être ni nerveux, ni irritable, ni avoir une imagination vive, il y a bien des gens qui en sont fatalement exclus par suite de leur complexion. Nous croyons, nous, que dans ce siècle de développement intellectuel, la foi est une question de compréhension.


5 —   C’est ainsi qu’on est arrivé à créer une religion qui, renouvelant les égarements et les aberrations du paganisme, menace de conduire la société avide de merveilleux à la folie, à l’extravagance et au cynisme le plus immonde (y al cinismo mas inmundo). »


Remarque. Voilà encore un prince de l’Eglise qui proclame, dans un acte officiel, que le Spiritisme est une religion qui se crée. C’est ici le cas de répéter ce que nous avons déjà dit à ce sujet : Si jamais le Spiritisme devient une religion, c’est l’Eglise qui, la première, en aura donné l’idée. Dans tous les cas, cette religion nouvelle, si tant est que c’en soit une, s’éloignerait du paganisme par le fait capital qu’elle n’admet pas un enfer localisé, avec des peines matérielles, tandis que l’enfer de l’Eglise, avec ses flammes, ses fourches, ses chaudières, ses lames de rasoirs, ses clous pointus qui déchirent les damnés [voir : La religion et le progrès], et ses diables qui attisent le feu, est une copie amplifiée du Tartare.


6 —   Le grand propagateur de cette secte de modernes illuminés, Allan Kardec, l’avoue lui-même dans son Livre des Esprits, en disant : « Que parfois ceux-ci se plaisent à répondre ironiquement et d’une manière équivoque qui déconcerte les malheureux qui les consultent. » Et, bien qu’il avertisse de la nécessité qu’il y a de discerner les Esprits graves des Esprits superficiels, il ne peut nous donner les règles nécessaires à ce discernement, aveu qui révèle toute la vanité et la fausseté du Spiritisme, avec ses déplorables conséquences. »


Remarque. Nous renvoyons Mgr de Barcelone au Livre des Médiums (chap. XXIV, page 327).


7 —   Si ce système, qui établit un monstrueux commerce entre la lumière et les ténèbres, entre la vérité et l’erreur, entre le bien et le mal, en un mot, entre Dieu et Bélial, n’a point de prosélytes en Espagne, il y a, à n’en pas douter, d’ardents propagateurs, et la métropole de notre diocèse est le théâtre choisi pour mettre en œuvre tous les moyens que peut suggérer l’Esprit de mensonge et de perdition. La preuve en est dans l’introduction frauduleuse qui s’opère, malgré le zèle déployé par les autorités locales, de milliers d’exemplaires du Livre des Esprits, écrit par le premier prédicateur de ces mensonges, Allan Kardec, et traduit en espagnol. »


Remarque. Il est assez difficile de concilier ces deux assertions, savoir : que le Spiritisme n’a point de prosélytes en Espagne, et qu’il y a, à n’en pas douter, d’ardents propagateurs. On ne comprend pas davantage que, dans un pays où il n’y a point de Spirites, on trouve l’écoulement du Livre des Esprits par milliers.


8 —   En lisant cette production originale, nous nous sommes dit en nousmême : chaque siècle a ses préoccupations, ses erreurs favorites, et celles du nôtre sont une tendance à nier ce qui est invisible et à ne chercher la certitude que dans la matière sensible ; ne serait-ce donc pas chose incroyable, si nous ne l’avions pas vu, que le dix-neuvième siècle, si riche en découvertes sur les lois de la nature, si riche en observations et en expériences, en soit venu à adopter les songes de la magie et des apparitions des Esprits sur la seule évocation d’un simple mortel ? Et pourtant, cela est ! Et cette nouvelle hérésie, importée, selon les apparences, des pays idolâtres aux peuples du nouveau monde, a envahi l’ancien, et a trouvé des adeptes et des partisans dans celui-ci, malgré le flambeau du Christianisme qui l’éclaire depuis dix-huit siècles, et condamne de pareilles ridiculités, malgré l’éclat qu’il a répandu sur toute sa surface et particulièrement sur l’Europe. »


Remarque. Puisque Mgr de Barcelone s’étonne que le dix-neuvième siècle accepte si facilement le Spiritisme, malgré ses tendances positives et la richesse de ses découvertes en fait de lois de la nature, nous lui dirons que c’est précisément l’aptitude à ces découvertes qui produit ce résultat. Les rapports du monde visible et du monde invisible sont une des grandes lois naturelles qu’il était réservé au dix-neuvième siècle de révéler au monde, ainsi que tant d’autres lois. Le Spiritisme, fruit de l’expérience et de l’observation, basé sur des faits positifs jusqu’à ce jour incompris, mal étudiés et encore plus mal expliqués, est l’expression de cette loi ; par cela même il vient détruire le fantastique, le merveilleux et le surnaturel faussement attribué à ces faits, en les faisant rentrer dans la catégorie des phénomènes naturels. Comme il vient expliquer ce qui était inexplicable, qu’il démontre ce qu’il avance et en donne la raison, qu’il ne veut point être cru sur parole, qu’il provoque l’examen et ne veut être accepté qu’en connaissance de cause, par ces motifs, il répond aux idées et aux tendances positives du siècle. Sa facile acceptation, loin d’être une anomalie, est une conséquence de sa nature qui lui donne rang parmi les sciences d’observation. S’il se fût entouré de mystères et s’il eût exigé une foi aveugle, on l’aurait repoussé comme un anachronisme.

Jeune encore, il rencontre de l’opposition, comme toutes les idées nouvelles d’une certaine importance ; il a contre lui :

1° Ceux qui ne croient qu’à la matière tangible, et nient toute puissance intellectuelle en dehors de l’homme ;

2° Certains savants qui croient que la nature n’a plus de secrets pour eux, ou qu’à eux seuls appartient de découvrir ce qui est encore caché ;

3° Ceux qui, dans tous les temps, se sont efforcés d’enrayer la marche ascendante de l’esprit humain, parce qu’ils craignent que le développement des idées, en faisant voir trop clair, ne nuise à leur puissance et à leurs intérêts ;

4° Enfin, par ceux qui, n’ayant pas de parti pris, et ne le connaissant pas, le jugent sur le travestissement que lui font subir ses adversaires en vue de le discréditer.

Cette catégorie compose la grande majorité des opposants ; mais elle diminue tous les jours, parce que tous les jours le nombre de ceux qui étudient augmente ; les préventions tombent devant un examen sérieux, et l’on s’attache d’autant plus à la chose sur laquelle on reconnaît avoir été trompé. A en juger par le chemin qu’a fait le Spiritisme dans un si court espace de temps, il est aisé de prévoir qu’avant peu il n’aura plus contre lui que les antagonistes de parti pris ; et comme ils forment une très petite minorité, leur influence sera nulle ; eux-mêmes subiront l’influence de la masse, et seront forcés de suivre le torrent.

La manifestation des Esprits n’est pas seulement une croyance, c’est un fait ; or, devant un fait, la négation est sans valeur, à moins de prouver qu’il n’existe pas, et c’est ce que nul n’a encore démontré. Comme sur tous les points du globe la réalité du fait est chaque jour constatée, on croit à ce qu’on voit ; c’est ce qui explique l’impuissance des négateurs pour arrêter le mouvement de l’idée. Une croyance n’est ridicule que lorsqu’elle est fausse, elle ne l’est plus dès qu’elle repose sur une chose positive ; le ridicule est pour celui qui s’obstine à nier l’évidence.


9 —   Ceci doit vous convaincre, mes chers enfants et frères, du besoin que l’homme a de croire, et que lorsqu’il méprise les véritables croyances, il embrase avec enthousiasme même les fausses. C’est pourquoi le profond Pascal dit, dans une de ses pensées : « Les incrédules sont les hommes les plus portés à tout croire. » L’Esprit de ténèbres prend les hommes pour jouet et pour instrument de ses mauvais desseins, en se servant de leur vanité, de leur crédulité, de leur présomption pour faire d’eux-mêmes les propagateurs et les apôtres de ce dont ils riaient la veille, de ce qu’ils qualifiaient d’invention chimérique, et d’épouvantail pour les âmes faibles. »

« Non, mes frères, la véritable foi, la doctrine du Christianisme, l’enseignement constant de l’Église, ont toujours réprouvé la pratique de ces évocations qui portent à croire que l’homme a sur les Esprits un pouvoir qui n’appartient qu’à Dieu seul. « Il n’est pas au pouvoir d’un mortel que les âmes séparées des corps après la mort lui révèlent les secrets que recouvre le voile de l’avenir. » (Matt., XVI, 4.)


Remarque. Le Spiritisme dit aussi qu’il n’est pas donné aux Esprits de révéler l’avenir, et il condamne formellement l’emploi des communications d’outre-tombe comme moyen de divinisation ; il dit que les Esprits viennent pour nous instruire et nous améliorer, et non pour nous dire la bonne aventure ; il dit de plus que nul ne peut contraindre les Esprits à venir et à parler quand ils ne le veulent pas. C’est en dénaturer méchamment le but de prétendre qu’il fait de la nécromancie. (Livre des Médiums, ch. XXVI, page 386.)


10 —  Si la sagesse divine avait jugé utile au bonheur et au repos du genre humain de l’instruire sur les relations entre le monde des Esprits et celui des êtres corporels, elle nous l’aurait révélé de manière à ce qu’aucun mortel n’eût pu être trompé dans leurs communications ; elle nous aurait enseigné un moyen pour reconnaître quand ils nous auraient dit la vérité, ou insinué l’erreur, et elle ne nous aurait pas abandonné pour ce discernement à la lumière de la raison qui est une lueur bien faible pour découvrir ces régions qui s’étendent au delà de la mort. »


Remarque. Puisque Dieu permet aujourd’hui que ces relations existent, — car il faut bien admettre que rien n’arrive sans la permission de Dieu, — c’est qu’il le juge utile au bonheur des hommes, afin de leur donner la preuve de la vie future à laquelle il y en a tant qui ne croient plus, et parce que le nombre sans cesse croissant des incrédules prouve que l’Eglise seule est impuissante à les retenir au bercail. Dieu lui envoie des auxiliaires dans les Esprits qui se manifestent ; les repousser n’est pas faire preuve de soumission à sa volonté ; les renier, c’est méconnaître sa puissance ; les injurier et maltraiter leurs interprètes, c’est agir comme les Juifs à l’égard des prophètes, ce qui fit verser les larmes à Jésus sur le sort de Jérusalem.


11 —  Lors donc qu’un misérable mortel, égaré par son imagination, prétend nous donner des nouvelles sur le sort des ânes dans l’autre monde ; lorsque des hommes à courte vue ont l’audace de vouloir révéler à l’humanité et à l’individu sa destinée indéfectible dans l’avenir, ils usurpent un pouvoir qui appartient à Dieu, et dont il ne se dessaisit pas, si ce n’est pour le bien de l’humanité elle-même et des peuples, en les avertissant ou les réprimandant par l’intermédiaire d’envoyés qui, comme les prophètes, portent avec eux la preuve de leur mission, dans les miracles qu’ils opèrent, et dans l’accomplissement constant de ce qu’ils ont annoncé. »


Remarque. Vous reniez donc les prédications de Jésus, puisque vous ne reconnaissez pas dans ce qui arrive l’accomplissement de ce qu’il a annoncé. Que signifient ces paroles : « Je répandrai l’Esprit sur toute chair ; vos femmes et vos filles prophétiseront, vos enfants auront des visions et les vieillards des songes ? »


12 —  Nous pouvons considérer comme visionnaires ceux-là qui, abandonnant la vérité, et prêtant l’oreille aux fables, veulent que l’on écoute comme des révélations les caprices, les rêves fantastiques de leur imagination en délire. Saint Paul écrivant à Timothée le met en garde contre tout cela, lui et les générations futures. (I Tim., IV, v. 7.) L’apôtre pressentait déjà, dix-huit siècles auparavant, ce qu’à notre époque l’incrédulité devait offrir pour remplir par quelque chose le vide que laisse dans l’âme l’absence de la foi. »


Remarque. L’incrédulité est, en effet, la plaie de notre époque ; elle laisse dans l’âme un vide immense ; pourquoi donc l’Eglise ne le comble-t-elle pas ? Pourquoi ne peut-elle retenir les fidèles dans la foi ? Les moyens matériels et spirituels ne lui manquent cependant pas ; n’a-t-elle pas d’immense richesses, une innombrable armée de prédicateurs, l’instruction religieuse de la jeunesse ? Si ses arguments ne triomphent pas de l’incrédulité, c’est donc qu’ils ne sont pas assez péremptoires. Le Spiritisme ne va pas sur ses brisées : il fait ce qu’elle ne fait pas ; il s’adresse à ceux qu’elle est impuissante à ramener, et il réussit à leur donner la foi en Dieu, en leur âme et en la vie future Que dirait-on d’un médecin qui, ne pouvant guérir un malade, s’opposerait à ce que celui-ci acceptât les soins d’un autre médecin qui pourrait le sauver ?

Il est vrai qu’il ne préconise pas un culte aux dépens de l’autre, qu’il ne lance l’anathème à aucun, sans cela il serait le bienvenu de celui dont il aurait embrassé la cause exclusive ; mais c’est précisément parce qu’il est porteur d’un mot de ralliement auquel tous peuvent répondre : « Hors la charité point de salut, » qu’il vient faire cesser les antagonismes religieux qui ont fait verser plus de sang que les guerres de conquêtes.


13 —  Après avoir essayé de la divination, du somnambulisme par le magnétisme animal, sans avoir pu obtenir autre chose que la réprobation de tout homme sensé ; après avoir vu tomber en discrédit les tables tournantes, ils ont déterré le cadavre infect de ce Spiritisme avec les absurdités de la transmigration des âmes ; méprisant les articles de notre symbole tels que les enseigne l’Église, ils ont voulu les remplacer par d’autres qui les annulent, en admettant une immortalité de l’âme, un purgatoire et un enfer très différents de ceux que nous enseigne notre foi catholique. »


Remarque. Ceci est très juste ; le Spiritisme n’admet pas un enfer où il y a des flammes, des fourches, des chaudières et des lames de rasoirs [voir : La religion et le progrès] ; il n’admet pas non plus que ce soit un bonheur pour les élus de soulever le couvercle des chaudières pour y voir bouillir les damnés, peut-être un père, une mère ou un enfant [voir : Ordonnance de monseigneur l’évêque d’Alger contre le Spiritisme] ; il n’admet pas que Dieu se complaise à entendre pendant l’éternité les cris de désespoir de ses créatures, sans être touché des larmes de celles qui se repentent, plus cruel en cela que ce tyran qui fit construire un soupirail aboutissant des cachots de son palais à sa chambre à coucher, pour se donner le plaisir d’entendre les gémissements de ses victimes ; il n’admet pas, enfin, que la suprême félicité consiste dans une contemplation perpétuelle qui serait une inutilité perpétuelle, ni que Dieu ait créé les âmes pour ne leur donner que quelques années ou quelques jours d’existence active, et les plonger ensuite pour l’éternité dans les tortures ou dans une inutile béatitude. Si c’est là la pierre angulaire de l’édifice, l’Eglise a raison de craindre les idées nouvelles ; ce n’est pas avec de telles croyances qu’elle comblera le gouffre béant de l’incrédulité.


14 —  Avec cela, comme l’a dit fort à propos le sage évêque d’Alger, tout ce qu’ont pu faire les incrédules a été de changer de face pour entraîner cette portion de croyants dont la foi simple et peu éclairée est facile à se prêter à tout ce qui est extraordinaire, et en même temps de réussir à opposer un nouvel obstacle à la conversion de ces âmes ensevelies dans l’indifférence religieuse, qui, en voyant que l’on veut réduire le Christianisme à un tissu de superstitions, ont fini par le blasphémer, lui et son auteur. »


Remarque. Voilà une chose bien singulière ! c’est le Spiritisme qui empêche l’Eglise de convertir les âmes ensevelies dans l’indifférence religieuse ; mais alors pourquoi ne les a-t-elle pas converties avant l’apparition du Spiritisme ? Il est donc plus puissant que l’Eglise ? Si les indifférents se rattachent à lui de préférence, c’est qu’apparemment ce qu’il donne leur convient mieux.


15 —  Afin que les hommes de peu de foi ne se scandalisent pas en lisant les doctrines du Livre des Esprits, et ne croient pas un seul instant qu’elles sont en harmonie avec tous les cultes et toutes les croyances, y compris la foi catholique, ainsi que le prétend Atlan Kardec, nous leur rappellerons que l’Écriture sainte la condamne comme folie, en disant par la bouche de l’Ecclésiaste : « Les divinations, les augures et les songes sont choses vaines, et le cœur souffre de ces chimères ; toutes les fois qu’ils ne seront pas envoyés par le Très-Haut, défiez-vous-en ; car les songes attristent les hommes, et ceux qui s’appuient dessus sont tombés. » (Éccl. XXXVI, v. 5, 7.) [Référence au livre apocryphe Ecclésiastique]

« Jésus-Christ reproche à ses disciples d’avoir cru à la vision d’un fantôme en le voyant marcher sur les eaux, et il ne veut pas qu’ils s’en assurent autrement que par les signes qu’il leur donne de la réalité de sa personne. (Luc, XXIV, v. 39.)

« L’Église et les saints Pères ont, comme interprètes de la parole divine, constamment repoussé ces moyens trompeurs par lesquels on croit que les Esprits se communiquent aux hommes, et la raison éclairée les repousse aussi, parce que, comprenant que, par elle seule et sans le secours de la foi, elle ne peut embrasser les choses ni les vérités qui se rapportent au passé dans l’ordre surnaturel ; comment peut-elle prétendre atteindre par elle-même, dans un état de transport, ou entraînée par une imagination ardente, ce qui ne peut se vérifier que d’une manière, dans un lieu, et dans des circonstances imprévues  ?

« Si donc, en d’autres occasions, nous avons élevé la voix contre ce matérialisme impie, et cette incrédulité systématique qui nie l’immortalité de l’âme séparée du corps dans les différents états auxquels la destine la justice divine pour l’éternité, aujourd’hui nous nous voyons obligé de protester contre cette communication active que l’on attribue à l’évocation des morts, et qui prétend révéler ce qui n’est perceptible qu’à la pénétration infinie de Dieu.

« Ne vous laissez pas entraîner, mes frères, mes fils aimés, par ces fables vaines, recelant les erreurs et les préoccupations des peuples barbares et ignorants, et toutes les inventions absurdes de gens dont l’esprit, affaibli par le défaut de foi véritable et par la superstition, abjure la religion révélée par le fils de Dieu, dégrade la raison humaine et chasse la pureté de l’âme. Loin de nos bien-aimés diocésains, et surtout de ces lecteurs réputés avec raison éclairés et civilisés, d’ajouter foi à des contes de rêveurs tels qu’Allan Kardec, hommes à imagination exaltée et en délire ! Loin de vous donc cette croyance antichrétienne qui fait sortir du tombeau les fantômes, les Esprits errants ; loin de vous cette superstition importée dans notre religion par les païens convertis au Christianisme, et que les écrits de ses sages apologistes en chassèrent bientôt. »


Remarque. Les Spirites n’ont jamais fait sortir les fantômes des tombeaux, par la raison très simple que dans les tombeaux il n’y a que la dépouille mortelle qui se détruit et ne ressuscite pas. Les Esprits sont partout dans l’espace, heureux d’être libres et débarrassés du corps qui les faisait souffrir ; c’est pourquoi ils ne tiennent point à leurs restes, et les fuient plus qu’ils ne les recherchent. Le Spiritisme a toujours repoussé l’idée que les évocations étaient plus faciles près des tombes, d’où l’on ne peut faire sortir ce qui n’y est pas. Ce n’est qu’au théâtre qu’on voit ces choses-là.


16 —  Ayez soin que vos enfants, poussés par la curiosité du jeune âge, ne lisent point de semblables productions, et ne s’impressionnent point de leurs images qui ont fait perdre le sens commun à un grand nombre de personnes qui gémissent aujourd’hui dans les maisons d’aliénés, victimes du Spiritisme.

« Faites tous vos efforts, mes fils et mes frères, pour conserver pure la doctrine que nous enseigne le divin Maître ; reposez-vous et appuyezvous uniquement sur sa sainte parole touchant votre avenir. Et sachant que c’est à la Providence divine, toujours sage, qu’il appartient de conduire l’homme à travers les vicissitudes de cette vie, pour éprouver sa foi, et aviver son espérance, sans vouloir sonder votre sort futur, cherchez à l’assurer par le moyen des bonnes œuvres, en rendant certaine par elles votre vocation d’enfants de Dieu, appelés à l’héritage du Père céleste. »


Remarque. Avant d’arrêter la curiosité des enfants, il ne faudrait pas aiguillonner celle des parents, ce que ce mandement ne peut manquer de produire. Quant à la folie c’est toujours la même histoire, qui commence à être singulièrement usée, et dont le résultat n’a pas été plus heureux que celle des prétendus fantômes. Les expériences se faisant de tous les côtés, bien plus encore dans l’intimité des familles qu’en public, et les médiums se trouvant partout, dans tous les rangs de la société, et à tous les âges, chacun sait à quoi s’en tenir sur le véritable état des choses ; c’est pour cela que les efforts que l’on fait pour travestir le Spiritisme sont sans portée. Le nombre de ceux que de fausses allégations parviennent à circonvenir est bien faible, et de ceux-là beaucoup, voulant voir par eux-mêmes, reconnaissent la vérité. Comment persuader à une multitude de gens qu’il fait nuit alors que tous sont à même de voir qu’il fait clair ? Cette faculté de contrôle pratique donnée à tout le monde est un des caractères spéciaux du Spiritisme, et c’est ce qui fait sa puissance. Il en est autrement des doctrines purement théoriques que l’on peut combattre par le raisonnement ; mais le Spiritisme est fondé sur des faits et des observations que chacun a sans cesse sous la main.

Toute l’argumentation de Mgr de Barcelone se résume ainsi : Les manifestations des Esprits sont des fables imaginées par les incrédules pour détruire la religion ; il ne faut croire que ce que nous disons, parce que nous seuls sommes en possession de la vérité ; n’examinez rien au delà, de peur que vous ne soyez séduits.


17 —  Pour prévenir les dangers auxquels vous pourriez succomber, et en vertu de l’autorité divine qui nous a été donnée pour vous les signaler et vous en éloigner, conformément à la faculté qui nous est reconnue par l’article 3 du dernier concordat, et d’accord avec ce qui a été prévu par les sacrés canons, et les lois du royaume, touchant les erreurs que nous avons signalées et combattues, nous condamnons le Livre des Esprits, traduit en espagnol sous le titre de : Libro de los Espiritos, par Allan Kardec, comme compris dans les articles 8 et 9 du catalogue promulgué en vertu de la prescription à cet effet du concile de Trente.

Nous en défendons la lecture à tous nos diocésains sans exception et leur ordonnons de livrer à leurs curés respectifs les exemplaires qui pourront tomber entre leurs mains, pour qu’ils nous soient remis avec toute la sécurité possible.

« Donné dans notre sainte visite de Mataró  †  le 27 juillet 1864. »


PANTALEON, évêque de Barcelone.   

Par ordre de S. E. S. Monseigneur l’évêque,   

Dn LAZARO BAULUZ, secrétaire.   


18 — La défense faite par Mgr de Barcelone à tous ses diocésains, sans exception, de s’occuper du Spiritisme, est calquée sur celle de Mgr d’Alger. Nous doutons fort qu’elle ait plus de succès, quoique ce soit en Espagne ; car dans ce pays les idées fermentent comme ailleurs, même sous l’étouffoir, et peut-être à cause de l’étouffoir qui les tient comme en serre chaude. L’autodafé de Barcelone a hâté leur éclosion.

L’effet qu’on s’était promis de cette solennité n’a pas apparemment répondu à l’attente, puisqu’on ne l’a pas renouvelée ; mais l’exécution que l’on n’ose plus faire en public, on veut la faire en particulier. En invitant ses administrés à lui remettre tous les livres spirites qui leur tomberont sous la main, Mgr Pantaléon n’a sans doute pas en vue d’en faire collection. Il leur interdit d’évoquer les Esprits, c’est son droit ; mais dans son mandement il a oublié une chose essentielle, c’est de faire défense aux Esprits d’entrer en Espagne.

Il s’étonne que le Spiritisme prenne si facilement racine au dix-neuvième siècle ; on doit s’étonner encore plus de voir en ce siècle ressusciter les us et coutumes du moyen âge ; et ce qui est plus surprenant encore, c’est qu’il s’y trouve des gens, instruits du reste, comprenant assez peu la nature et la puissance de l’idée, pour croire qu’on peut l’arrêter au passage comme on arrête un ballot de marchandises à la frontière.

Vous vous plaignez, monseigneur, de ce que les incrédules et les indifférents restent sourds à la voix des pasteurs de l’Eglise, tandis qu’ils se rendent à celle du Spiritisme ; c’est qu’ils sont plus touchés des paroles de charité, d’encouragement et de consolation que par les anathèmes. Croit-on les ramener par des imprécations comme celle qu’a prononcée dernièrement le curé de Villemayor-de-Ladre  †  contre un pauvre maître d’école qui avait eu le tort de lui déplaire ? Voici cette formule canonique rapportée par la Correspondencia de Madrid,  †  du mois de juin 1864, et auprès de laquelle la fameuse imprécation de Camille est presque de la douceur ; le poète a pu la mettre dans la bouche d’une païenne, il n’eût pas osé la mettre dans celle d’une chrétienne.

« Maudit soit Auguste Vincent ; maudits soient les vêtements dont il se couvre, la terre sur laquelle il marche, le lit où il dort et la table où il mange ; maudits soient le pain, et de plus tous les autres aliments dont il se nourrit, la fontaine où il boit, et de plus tous les liquides qu’il prend.

« Que la terre s’ouvre et qu’il soit enterré en ce moment ; qu’il ait Lucifer à son côté droit. Personne ne peut parler avec lui, sous peine d’être tous excommuniés, seulement en lui disant adieu ; maudits soient aussi ses champs, sur lesquels il ne tombera plus d’eau, afin que rien ne lui produise ; maudites soient la jument qu’il monte, la maison où il habite et les propriétés qu’il possède.

« Maudits soient aussi ses pères, enfants qu’il a et qu’il aura, qui seront en petit nombre et méchants ; ils iront mendier et il n’y aura personne qui leur donnera l’aumône, et si on la leur donne, qu’ils ne pussent la manger. En plus, que sa femme en cet instant reste veuve, ses enfants orphelins et sans père. »

Est-ce bien dans un temple chrétien qu’ont pu retentir d’aussi horribles paroles ? Est-ce bien un ministre de l’Evangile, un représentant de Jésus-Christ qui a pu les prononcer ? qui, pour une injure personnelle, voue un homme à l’exécration de ses semblables, à la damnation éternelle et à toutes les misères de la vie, lui, son père, sa mère, ses enfants présents et à venir, et tout ce qui lui appartient ? Jésus a-t-il jamais tenu un pareil langage, lui qui priait pour ses bourreaux, et qui a dit : « Pardonnez à vos ennemis ; » qui nous fait chaque jour répéter, dans l’Oraison dominicale : «  Seigneur, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Quand il prononce la malédiction contre les Scribes et les Pharisiens, appelle-t-il sur eux la colère de Dieu ? Non ; mais il leur prédit les malheurs qui les attendent.

Et vous vous étonnez, monseigneur, des progrès de l’incrédulité !

Etonnez-vous plutôt qu’au dix-neuvième siècle, la religion du Christ soit si mal comprise par ceux qui sont chargés de l’enseigner. Ne soyez donc pas surpris si Dieu envoie ses bons Esprits pour rappeler au sens véritable de sa loi. Ils ne viennent pas détruire le Christianisme, mais le dégager des fausses interprétations et des abus que les hommes y ont introduits.


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