Bible du Chemin Testament Kardecien ©

Œuvres posthumes — Première Partie

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Chapitre 3


DES HOMMES DOUBLES ET DES APPARITIONS DE PERSONNES VIVANTES

C’est un fait aujourd’hui constaté et parfaitement expliqué que l’Esprit, s’isolant d’un corps vivant, peut, à l’aide de son enveloppe fluidique périspritale, apparaître dans un autre endroit que celui où est le corps matériel ; mais, jusqu’à présent, la théorie, d’accord avec l’expérience, semble démontrer que cette séparation ne peut avoir lieu que pendant le sommeil, ou tout au moins pendant l’inactivité des sens corporels. Les faits suivants, s’ils sont exacts, prouveraient qu’elle peut se produire également à l’état de veille. Ils sont extraits de l’ouvrage allemand : Les Phénomènes mystiques de la vie humaine, par Maximilien PERTY, professeur à l’Université de Berne, publié en 1861. (Leipzig et Heidelberg.)


[Les Phénomènes mystiques de la vie humaine]

par Maximilien PERTY

1 —  Un propriétaire campagnard fut vu par son cocher dans l’étable, les regards tournés vers les bestiaux au moment où il était à communier dans l’église. Il raconta cela plus tard à son pasteur qui lui demanda à quoi il avait pensé au moment de la communion. — Mais, répondit-il, si je dois dire la vérité, je pensais à mes bestiaux. — Voilà votre apparition expliquée, répliqua l’ecclésiastique. »


Le prêtre était dans le vrai, car la pensée étant attribut essentiel de l’Esprit, celui-ci doit se trouver où se porte la pensée. La question est de savoir si, à l’état de veille, le dégagement du périsprit peut être assez grand pour produire une apparition, ce qui impliquerait une sorte de dédoublement de l’Esprit, dont une partie animerait le corps fluidique et l’autre le corps matériel. Ceci n’aurait rien d’impossible, si l’on considère que, lorsque la pensée se concentre sur un point éloigné, le corps n’agit plus que machinalement, par une sorte d’impulsion mécanique, ce qui arrive surtout aux personnes distraites ; il n’est animé que de la vie matérielle ; la vie spirituelle suit l’Esprit. Il est donc probable que l’homme en question avait éprouvé à ce moment une forte distraction et que ses bestiaux le préoccupaient plus que sa communion.

Le fait suivant rentre dans cette catégorie, mais présente une particularité plus remarquable.


2 —  Le juge de canton, J… à Fr., envoya un jour son commis à un village des environs. Après un certain laps de temps il le vit rentrer, prendre un livre dans l’armoire et le feuilleter. Il lui demanda brusquement pourquoi il n’était pas encore parti ; le commis disparaît à ces mots ; le livre tombe par terre et le juge le pose ouvert sur une table comme il était tombé. Le soir, lorsque le commis fut de retour, le juge lui demanda s’il ne lui était rien arrivé en route, s’il n’était pas revenu dans la chambre où il se trouvait en ce moment. — Non, répondit le commis ; j’ai fait la route avec un de mes amis ; en traversant la forêt nous avons eu une discussion à propos d’une plante que nous avions trouvée, et je disais que, si j’étais à la maison, il me serait facile de montrer la page de Linné qui me donnerait raison. — C’était justement ce livre qui était resté ouvert à la page indiquée. »


Quelque extraordinaire que soit le fait, on ne saurait dire qu’il est matériellement impossible, car nous sommes loin de connaître encore tous les phénomènes de la vie spirituelle ; toutefois, il a besoin de confirmation. En pareil cas, il faudrait Pouvoir constater d’une manière positive l’état du corps au moment de l’apparition. Jusqu’à preuve contraire, nous doutons que la chose soit possible, lorsque le corps est dans une activité intelligente.

Les faits suivants sont plus extraordinaires encore, et nous avouons franchement qu’ils nous inspirent plus que des doutes. On comprend facilement que l’apparition de l’Esprit d’une personne vivante soit vue par une tierce personne, mais non qu’un individu puisse voir sa propre apparition, surtout dans les circonstances relatées ci-après.


3 —  Le secrétaire de gouvernement de Triptis, à Weimar, se rendant à la chancellerie pour y chercher un paquet d’actes dont il avait un grand besoin, s’y voit déjà assis sur sa chaise habituelle et ayant les actes devant lui. Il s’effraie, rentre chez lui, et envoie sa domestique avec l’ordre de prendre les actes qu’elle trouverait à sa place ordinaire. Celle-ci y va, et voit également son maître assis sur sa chaise. »


4 —  Becker, professeur de mathématiques à Rostok, avait des amis chez lui à table. Une controverse théologique s’élève entre eux. Becker va à sa bibliothèque chercher un ouvrage qui devait décider la question, et s’y voit assis à sa place habituelle. En regardant par-dessus l’épaule de son autre soi-même, il s’aperçoit que celui-ci lui montre le passage suivant dans la Bible ouverte : « Arrange ta maison, car tu dois mourir. » Il retourne vers ses amis qui s’efforcent en vain de lui démontrer la folie d’attacher la moindre importance à cette vision. — Il mourut le lendemain. »


5 —  Hoppack, auteur de l’ouvrage : Matériaux pour l’étude de la psychologie, dit que l’abbé Steinmetz, ayant du monde chez lui, dans sa chambre, se vit en même temps dans son jardin à son endroit favori. Se montrant d’abord lui-même du doigt, puis son semblable, il dit : — Voici Steinmetz le mortel, celui-là là-bas, est immortel. »


6 —  F…, de la ville de Z…, qui fut plus tard juge, se trouvant dans sa jeunesse à une campagne, fut prié par la jeune fille de la maison d’aller chercher un parasol qu’elle avait oublié dans sa chambre. Il s’y rendit et vit la demoiselle assise à sa table à ouvrage, mais plus pâle que quand il l’avait quittée ; elle regardait devant elle. F…, malgré sa peur, prit le parasol qui était à côté d’elle et le rapporta. En voyant ses traits bouleversés, elle lui dit : — Avouez que vous avez vu quelque chose, vous m’avez vue. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis pas près de mourir. Je suis double (en allemand Doppelgaenger, littéralement : quelqu’un qui marche double) ; j’étais en pensée auprès de mon ouvrage et j’ai déjà souvent trouvé mon image à côté de moi. Nous ne nous faisons rien. »


7 —  Le comte D… et les sentinelles prétendirent voir, une nuit, l’impératrice Elisabeth de Russie, assise sur le trône, dans la salle du trône, en grand costume d’apparat, pendant qu’elle était couchée et endormie. La dame d’honneur de service, qui s’en était aussi convaincue, alla l’éveiller. L’impératrice se rendit aussi dans la salle du trône et y vit son image. Elle ordonna à une sentinelle de faire feu ; l’image disparut alors. L’impératrice mourut trois mois après. »


8 —  Un étudiant, nommé Elger, devint très mélancolique après s’être vu souvent dans l’habit rouge qu’il portait ordinairement. Il ne voyait jamais sa figure, mais les contours d’une forme vaporeuse qui lui ressemblait, toujours dans le crépuscule ou au clair de lune. Il voyait l’image à la place à laquelle il venait d’avoir longtemps étudié. »


9 —  Une institutrice française, Emilie Sagée, perdit dix-neuf fois sa place, parce qu’elle paraissait partout en double. Les jeunes filles d’un pensionnat à Neuwelke, en Livonie, la voyaient quelquefois au salon ou au jardin, tandis qu’elle se trouvait en réalité ailleurs. D’autres fois, elles voyaient devant le tableau, pendant la leçon, deux demoiselles Sagée, l’une à côté de l’autre, exactement pareilles, faisant les mêmes mouvements, avec cette seule différence que la véritable Sagée seule tenait un morceau de craie à la main, avec lequel elle écrivait sur le tableau. »


L’ouvrage de M. Perty contient un grand nombre de faits de ce genre. Il est à remarquer que dans tous les exemples cités, le principe intelligent est également actif dans les deux individus, et même plus actif dans l’être matériel, ce qui devrait être le contraire. Mais ce qui nous semble une impossibilité radicale, c’est qu’il puisse exister un antagonisme, une divergence d’idées, de pensées et de sentiments.

Cette divergence est surtout manifeste dans le fait n° 4, où l’un avertit l’autre de sa mort, et dans celui du n° 7, où l’impératrice fait tirer sur l’autre elle- même.

Admitindo-se a divisão do perispírito e uma força fluídica suficiente a manter a atividade normal no corpo; supondo-se também a divisão do princípio inteligente, ou uma irradiação sua capaz de animar os dois seres e de lhe facultar uma espécie de ubiqüidade, esse princípio, que é uno, tem que se conservar idêntico; não poderia, pois, haver, de um lado, uma vontade que não existisse do outro, a menos se admita que haja Espíritos gêmeos, como há corpos gêmeos, isto é, que dois Espíritos se identifiquem para encarnar num só corpo, o que não é concebível.

En admettant la division du périsprit et une puissance fluidique suffisante pour maintenir au corps son activité normale ; en supposant aussi la division du principe intelligent, ou un rayonnement capable d’animer les deux êtres et de lui donner une sorte d’ubiquité, ce principe est un et doit être identique ; il ne saurait donc y avoir d’un côté une volonté qui n’existerait pas de l’autre, à moins d’admettre qu’il y ait des jumeaux d’esprit comme il y a des jumeaux de corps, c’est-à-dire que deux Esprits s’identifient pour s’incarner dans un même corps, ce qui n’est guère supposable.

Dans toutes ces histoires fantastiques, s’il y a quelque chose à prendre, il y a aussi beaucoup à laisser et la part à faire de la légende. Le Spiritisme, bien loin de nous les faire accepter aveuglément, nous aide à faire la part du vrai et du faux, du possible et de l’impossible, à l’aide des lois qu’il nous révèle touchant la constitution et le rôle de l’élément spirituel. Ne nous hâtons pas cependant de rejeter a priori tout ce que nous ne comprenons pas, parce que nous sommes loin de connaître toutes ces lois, et que la nature ne nous a pas encore dit tous ses secrets. Le monde invisible est un champ d’observations encore nouveau dont il serait présomptueux de prétendre avoir sondé toutes les profondeurs, alors que de nouvelles merveilles se révèlent sans cesse à nos yeux. Toutefois, il est des faits dont la logique et les lois connues démontrent l’impossibilité matérielle. Tel est, par exemple, celui qui est rapporté dans la Revue spirite du mois de février 1859, page 41, sous le titre de : Mon ami Hermann. Il s’agissait d’un jeune Allemand du grand monde, doux, bienveillant, et du caractère le plus honorable, qui, tous les soirs, au coucher du soleil, tombait dans un état de mort apparente ; pendant ce temps, son esprit se réveillait aux Antipodes, en Australie, dans le corps d’un mauvais chenapan qui finissait par être pendu.

Le simple bon sens démontre qu’en supposant la possibilité de cette dualité corporelle, le même Esprit ne peut être alternativement, pendant le jour, un honnête homme dans un corps, et la nuit un bandit dans un autre corps. Dire que le Spiritisme accrédite de pareilles histoires, c’est prouver qu’on ne le connaît pas, puisqu’il donne les moyens d’en prouver l’absurdité. Mais, en même temps qu’il démontre l’erreur d’une croyance, il prouve que souvent elle repose sur un principe vrai, dénaturé ou exagéré par la superstition ; c’est à dépouiller le fruit de l’écorce qu’il s’attache.

Que de contes ridicules n’a-t-on pas faits sur la foudre avant de connaître la loi de l’électricité ! Il en est de même en ce qui concerne les rapports du monde invisible ; en faisant connaître la loi de ces rapports, le Spiritisme les réduit à la réalité ; mais cette réalité est encore trop pour ceux qui n’admettent ni âmes, ni monde invisible ; à leurs yeux, tout ce qui sort du monde visible et tangible est de la superstition ; voilà pourquoi ils dénigrent le Spiritisme.


Remarque. — La question très intéressante des hommes doubles et celle des agénères qui s’y rattache étroitement ont été jusqu’ici reléguées au second plan par la science spirite, faute de documents suffisants pour leur entière élucidation. Ces manifestations, si bizarres qu’elles soient, si incroyables qu’elles paraissent au premier abord, sanctionnées par les récits des historiens les plus sérieux de l’antiquité et du moyen âge, confirmées par des événements récents, antérieurs à l’avènement du Spiritisme ou contemporains, ne peuvent donc aucunement être révoquées en doute. Le Livre des Médiums, à l’article intitulé : Visites spirituelles entre personnes vivantes, la Revue Spirite, en de nombreux passages [v. Apparition d’un fils vivant à sa mère. Voir autres exemples ci-dessous], en confirment l’existence de la manière la plus incontestable. D’un rapprochement et d’un examen approfondi de tous ces faits, résulterait peut-être une solution au moins partielle de la question et l’élimination de quelques-unes des difficultés dont elle semble entourée.

Nous serions obligés, à ceux de nos correspondants qui voudraient bien en faire l’objet d’une étude spéciale, soit personnellement, soit par l’intermédiaire des Esprits, de nous communiquer le résultat de leurs recherches, dans l’intérêt, bien entendu, de la diffusion de la vérité.

En parcourant rapidement les années antérieures de la Revue, et en rapprochant les faits signalés et les théories émises pour les expliquer, nous en sommes arrivés à conclure qu’il conviendrait peut-être de diviser les phénomènes en deux catégories bien distinctes, ce qui permettrait de leur appliquer des explications différentes et de démontrer que les impossibilités qui s’opposent à leur acceptation pure et simple sont plutôt apparentes que réelles. (Voir, à cet effet, les articles de la Revue Spirite de janvier 1859, le Follet de Bayonne ; février 1859, les Agénères, Mon ami Hermann ; mai 1859, le Lien entre l’Esprit et le corps ; novembre 1859, l’Ame errante ; janvier 1860, l’Esprit d’un côté et le corps de l’autre ; mars 1860, Etude sur l’Esprit des personnes vivantes ; Le Docteur V… et Mlle S… ; avril 1860, le Fabricant de Saint-Pétersbourg ; Apparitions tangibles ; novembre 1860, Histoire de Marie d’Agréda ; juillet 1861, Une apparition providentielle, etc., etc.)


La faculté d’expansion des fluides périspritaux est aujourd’hui surabondamment démontrée par les opérations chirurgicales les plus douloureuses, accomplies sur des malades endormis soit par le chloroforme et l’éther, soit par le magnétisme animal. Il n’est pas rare, en effet, de voir ces derniers s’entretenant avec les assistants de choses agréables et gaies, ou se transportant au loin en Esprit, pendant que le corps se tord avec toutes les apparences d’horribles tortures ; la machine humaine, immobilisée en tout ou en partie, se déchire sous le scalpel brutal du chirurgien, les muscles s’agitent, les nerfs se crispent et transmettent la sensation à l’appareil cérébro-spinal ; mais l’âme qui, dans l’état normal, perçoit seule la douleur et la manifeste extérieurement, momentanément éloignée du corps soumis à l’impression, dominée par d’autres pensées, par d’autres actions, n’est que sourdement avertie de ce qui se passe dans son enveloppe mortelle et y demeure parfaitement insensible. Combien de fois n’a-t-on pas vu des soldats blessés grièvement tout entiers à l’ardeur du combat, tout en perdant leur sang et leurs forces, lutter longtemps encore sans s’apercevoir de leurs blessures ? Un homme, fortement préoccupé, reçoit un choc violent sans en rien ressentir, et ce n’est que lorsque cesse l’abstraction de son intelligence qu’il reconnaît avoir été heurté à la sensation douloureuse qu’il éprouve. A qui n’est-il pas arrivé, dans une puissante contention de l’Esprit, de traverser une foule tumultueuse et bruyante, sans rien voir et sans rien entendre, bien que, cependant, le nerf optique et l’appareil auditif eussent perçu les sensations et les eussent transmises fidèlement à l’âme ?

A n’en pas douter, par les exemples qui précèdent et par une multitude de faits qu’il serait trop long de rapporter ici, mais que chacun est à même de connaître et d’apprécier, le corps peut, d’une part, accomplir ses fonctions organiques, tandis que l’Esprit est entraîné au loin par des préoccupations d’un autre ordre. Le périsprit, indéfiniment expansible, conservant au corps l’élasticité et l’activité nécessaires à son existence, accompagne constamment l’Esprit pendant son voyage lointain dans le monde idéal.

Si nous nous souvenons, en outre, de sa propriété bien connue de condensation, qui lui permet de se rendre visible sous les apparences corporelles pour les médiums voyants, et plus rarement pour quiconque se trouve présent en l’endroit où s’est transporté l’Esprit, on ne pourra plus mettre en doute la possibilité des phénomènes d’ubiquité.

Il est donc démontré pour nous qu’une personne vivante peut apparaître simultanément en deux localités éloignées l’une de l’autre ; d’une part avec son corps réel, de l’autre avec son périsprit condensé momentanément sous les apparences de ses formes matérielles. Néanmoins, d’accord en cela, comme toujours, avec Allan Kardec, nous ne pouvons admettre l’ubiquité que lorsque nous reconnaissons une similitude parfaite dans les agissements de l’être apparent. Tels sont, par exemple, les faits cités précédemment sous les n° 1 et 2. Quant aux faits suivants, inexplicables pour nous, en leur appliquant la théorie de l’ubiquité, ils nous paraissent, sinon indiscutables, tout au moins admissibles en les envisageant à un autre point de vue.

Aucun de nos lecteurs n’ignore la faculté que possèdent les esprits désincarnés d’apparaître, sous l’apparence matérielle, en certaines circonstances et plus particulièrement aux médiums dits voyants. Cependant, dans un certain nombre de cas, tels que dans les apparences visibles et tangibles pour une foule ou pour un certain nombre de personnes, il est évident que la perception de l’apparition n’est pas due à la faculté médiumnique des assistants, mais à la réalité de l’apparence corporelle de l’Esprit, et dans cette circonstance comme dans les faits d’ubiquité, cette apparence corporelle est due à la condensation de l’appareil périsprital. Or, si le plus souvent les Esprits, dans le but de se faire reconnaître, apparaissent tels qu’ils étaient de leur vivant, avec les vêtements qui leur étaient le plus habituels, il ne leur est pas impossible de se présenter, soit vêtus différemment, soit même sous des traits quelconques, tel, par exemple, le Follet de Bayonne, apparaissant tantôt sous sa forme personnelle, tantôt sous les traits de l’un de ses frères mort comme lui, tantôt sous les apparences de personnes vivantes et même présentes. L’Esprit avait besoin de faire reconnaître son identité, malgré les formes variées sous lesquelles il se présentait ; mais n’en eût-il rien fait, n’est-il pas évident que les témoins de la manifestation eussent été persuadés qu’ils assistaient à un phénomène d’ubiquité ?

Si, considérant comme un précédent ce fait, qui est loin d’être isolé, nous cherchons à expliquer de la même manière les faits n° 3, 4, 5, 6, 8 et 9, il nous sera peut-être possible d’en accepter la réalité, alors qu’en admettant l’ubiquité, l’incompatibilité des pensées, l’antagonisme des sentiments et l’activité de l’organisme des deux parts, ne nous permettent point de les regarder comme possibles.

Dans le fait n° 4, au lieu de supposer le professeur Becker en présence de son sosie, admettons qu’il ait eu affaire à un Esprit lui apparaissant sous sa propre forme, tout antagonisme disparaît et le phénomène rentre dans le domaine du possible. Il en est de même du fait n° 7. On ne comprend pas Elisabeth de Russie faisant tirer sur sa propre image, mais on admet parfaitement qu’elle fasse tirer sur un Esprit ayant pris son apparence pour la mystifier. Certains Esprits prennent parfois un nom supposé, et se parent du style et des formes d’un autre pour obtenir la confiance des médiums et l’accès des groupes ; qu’y aurait-il d’impossible à ce qu’un Esprit orgueilleux se soit plu à prendre la forme de l’impératrice Elisabeth et à s’asseoir sur son trône pour donner une vaine satisfaction à ses rêves ambitieux ? Et ainsi des autres faits.

Nous ne donnons cette explication que pour ce qu’elle vaut ; ce n’est à nos yeux qu’une supposition assez plausible et non la solution réelle des faits ; mais telle qu’elle est, elle nous a paru de nature à éclaircir la question en appelant sur elle les lumières de la discussion et de la réfutation. C’est à ce titre que nous la soumettons à nos lecteurs. Puissent les réflexions qu’elle provoquera, les méditations auxquelles elle pourrait donner lieu, coopérer à l’éducation d’un problème que nous n’avons pu qu’effleurer, laissant à de plus dignes de dissiper l’obscurité dont il est encore entouré. (Note de la Rédaction.)


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